ETUDE d’UNE VOIE ROMAINE DU YAUDET AU RUNAN

ETUDE d’UNE VOIE ROMAINE DU YAUDET AU RUNAN (1)

Par A SONNECK

« Le Trégor » – 3 septembre 1983 –

I – DU YAUDET AU PONT DE KERMARIA (Première partie)

Introduction

Partant de la chapelle du Yaudet, on remonte vers le bourg et on sort de la place forte laissant à droite le grand rempart antique, derrière la rangée de maisons et d’hôtels. C’est au carrefour avec la route qui descend à l’anse de la Vierge que commence vraiment la voie.

PLOULEC’H . Le site défensif du Yaudet Photo du panneau d’informations dressé sur le parking des visiteurs. (2)

L’anse de la vierge et le cap barré du Yaudet, site fortifié dès la préhistoire et trop peu exploré : les constructions et les difficultés de se livrer à des fouilles en France empêchent de connaître parfaitement ce site qui pose de nombreuses questions. Entre autres, pourquoi ce nom de Coz Yaudet, « la vieille cité ». (3)

On prend alors la direction de Ploulec’h, saluant dans la montée une croix de 1792 sans grande particularité. Juste après la pancarte de sortie du Yaudet, à gauche après un petit carrefour, un talus file tout droit, tandis que la route moderne s’incurve vers la droite en une ample courbe. La voie suivait le talus, passant ainsi derrière les maisons de Creac’h Ollen et quittait la route romaine vers Ploulec’h et, au terme, Carhaix.

L’itinéraire antique recoupe la route actuelle juste après un moulin en ruines : à gauche, le bas côté s’élargit en un décrochement, là où le talus derrière Crec’h Ollen rejoint celui du bord de route. On poursuit ensuite la montée jusqu’à Croas Min. Là encore, on doit quitter la route : avant le carrefour, un talus à gauche passe devant la ferme ; c’est la marque de la voie, dont on perd ensuite toute trace, même sur les vieux cadastres, pendant environ 100 mètres.

Une vieille voie charretière

On la retrouve à Crec’h Lann dont le nom est inversé avec Convenant Quellenec sur les cartes ; on prend le chemin en face, en direction du Boutil et, à mi distance entre Crec’h Lan  et Kerdroniou se trouve une croix ; c’est un jalon supplémentaire pour accréditer le tracé de la voie.

Ce chemin est en partie impraticable en voiture, mais il fait encore le bonheur des randonneurs pédestres ou équestres et il abrite d’excellentes prunelles ! On suit cette voie charretière jusqu’au-dessus de Kerdroniou : traversant la route goudronnée, le chemin reprend au ras d’une maison.

PLOULEC »H . – De très nombreuses croix jalon-nent les voies antiques. Celle-ci est étêtée : elle dut être très belle et son socle porte apparemment une inscription gothique. Elle se trouve au-dessus de Saint Lavan. Au premier plan et derrière, la voie romaine est recouverte par une route

On passe derrière le Boutil où la voie est plus bourbeuse actuellement, et on retrouve une route goudronnée qui mène à un carrefour au-dessus de Saint-Lavan. Ce croisement est marqué d’une très belle croix dont il ne reste malheureusement que le fût et le support sculpté du crucifix

Ce fût est carré à sa base, puis octogonal sur la moitié, et enfin rond à épines. Ce style serait, parait-il, templier ; sur le socle, un calice sur une face, une inscription en belles lettres gothiques sur une autre face.

On prend la route goudronnée, en face et on quitte à peu de distance la commune de Ploulec’h pour entrer sur celle de Lannion, autrefois Loguivy. On est alors à 3 km exactement du point de départ. Il en reste juste autant à parcourir avant de franchir le Léguer. II suffit désormais de suivre la route actuelle. Sur l’ancienne commune de Loguivv, elle présente quelques décrochements qui semblent ne rien devoir à l’époque gallo-romaine, mais rien n’a pu nous renseigner pour apporter des rectifications somme toute mineures, de l’ordre de 50 m. On passe devant Kerneguez, Pen ar C’hra, on descend vers la caserne des pompiers.

La pente est ensuite moins accentuée : la voie va chercher le point favorable pour franchir le Léguer. Il faut pour cela oublier quelque peu la géographie actuelle de Lannion, avec une rivière bien endiguée. La voie passe par la rue de la Haute Rive, puis devant l’auberge de jeunesse ; elle descend par le bas de la rue Noël Donval.

 

LANNION. – Le pont de Kermaria, premier point de passage sur le Léguer ; des travaux auraient jadis révélé des substructions d’époque romaine. Ce pont était, dès l’antiquité, un goulet par où passait tout le trafic.

Naguère, le « pont de papier » franchissait le Min Ran. Une avancée de terre solide séparait ce ruisseau du Léguer, qui se divisait en deux larges bras. La voie profitait donc de cette avancée, enfilait la rue de Buzulzo et franchissait le Léguer au pont de Kermaria.

L’importance de ce pont était marquée par le prieuré de Kermaria-an-Draon, qui fut la première paroisse de Lannion, avant Saint-Jean du Baly.

Cette première portion de voie est assez rude pour le marcheur : parallèle à l’estuaire du Léguer, elle épouse les courbes et est toute en vallées et montées. Elle remonte assez loin vers l’est car, au niveau de Lannion, le lit du Léguer était une large vasière que la topographie actuelle ne permet plus d’imaginer.

Peu de toponymes se sont montrés jusqu’ici révélateurs. On peut juste citer deux « Moguero » sur 1a commune de Ploulec’h, un  » Parc ar Groas  » et le lieu-dit « Croas Min ». Mais, à part sur 100 m, la voie est bien conservée et se suit facilement. Le Yaudet a beau être un site historique connu, nous avons constaté que, en dehors des vestiges de fouilles au bourg, les gens ignorent tout de l’existence de cette voie.

II – Du Léguer au Guindy

Du pont de Kermaria, on remonte par la rue de la Bienfaisance, avec au passage un embranchement à gauche par la rue de la sous-préfecture : on allait alors vers Perros, Pleumeur, Trébeurden… Ce versant de la vallée du Léguer a livré de nombreux débris de briques et tuiles, témoignages d’une occupation gallo-romaine. La montée nous mène au carrefour de Saint-Nicolas, avec sa fameuse borne-corvée du grand chemin de Lannion à Guingamp ; elle n’est malheureusement pas mise en valeur, une face est collée au mur et une partie de l’inscription disparaît sous le bitume. Elle n’en est pas moins un précieux renseignement, la plupart des « grands chemins » correspondant à des voies antiques. Le carrefour est ici le point de jonction de voies venant de Guingamp, de La Roche-Derrien et de la voie que nous étudions.

On suit l’ancienne route de Guingamp et on passe devant Ar Santé. Ce nom nous rappelle que tout le quartier avait une vocation hospitalière. Une léproserie s’était établie au bord de la voie, dans un endroit aéré pour chasser les miasmes. Après le terrain de Parc Nevez, on laisse la route qui oblique à droite, pour poursuivre tout droit vers Keryvon. La ferme de « Pen an Allée», devant laquelle on passe, porte un nom révélateur : « an allée » désigne plutôt la voie qu’une des allées du château.

LANNION. – A la sortie de l’avenue de Keryvon, Croas ar Peher, près de Convenant Bras, marque un carrefour au tracé en baïonnette : l’une des voies n’est plus dans l’axe, elle s’est peu à peu déplacée. La voie est ici très large, parfaitement conservée.

On est maintenant sur le plateau, et la route y prend toute l’image que l’on se fait traditionnellement d’une voie romaine large et rectiligne. Ce n’est pas totalement exact : la route était en fait construite par tronçons droits, pas toujours parfaitement alignés.

La voie romaine à Parcou Thomas à l’ouest de Rospez. Vue prise en direction de Convenant Braz.

(A suivre )
A. SONNECK
Notes Ro’spered

1) Les photos remplacent les illustrations en noir et blanc du document original. Manque à l’appel une photographie du site du tumulus de Kerampichon en Buhulien/Lannion évoqué par Alain Sonneck comme exemple de site menacé par l’urbanisation.

2) Ce panneau émis par le Service Régional de l’Inventaire de Bretagne ( 2004) est référencé sur le site : http://archives.cotesdarmor.fr/asp/inventaire/ploulech/Geoviewer/Data/HTML/Ill-04_22_03436_NUCB.html

3) Depuis la rédaction de cet article, de nombreuses fouilles archéologiques et études ont été consacrées au site du Yaudet.

Pour répondre aux préoccupations d’Alain Sonneck, nous reproduisons ici quelques lignes empruntées au site :

http://archives.cotesdarmor.fr/asp/inventaire/ploulech/Geoviewer/Data/HTML/IA22002377.html

« Anciennement dénommé Vetus Civitatis « Vieille Cité » (1267), puis Keodet ou Cozqueoudet (1638), formes bretonnes issues du latin civitatem «cité», le Yaudet a conservé les traces d´un important établissement gallo-romain fortifié.

 

Le programme de fouilles, lancé en 1991 par une équipe d´archéologues de l´Institut d´Archéologie de l´Université d´Oxford (Barry CUNLIFE) et du Centre de Recherche Bretonne et Celtique de l´Université de Bretagne Occidentale (Patrick GALLIOU) de Brest (en collaboration avec l’ARSSAT), a permis de mettre en évidence l´importance politique de ce lieu à l´époque gauloise et à l´époque romaine, périodes d´occupation majeure du site ».