La toponymie, un outil pour préserver le patrimoine linguistique breton

En 2012, L’UNESCO a classé le Fest-noz au patrimoine culturel de l’humanité.
Par cette décision, c’est la culture bretonne dans son ensemble que distingue la plus haute instance culturelle mondiale. Cette reconnaissance nous la devons aussi à la pérennité de la langue bretonne, présente autant que la musique, dans ces rassemblements festifs aux origines ancestrales. La présence sans doute la plus visible de cette langue, vieille de plus de 1500 ans, se retrouve dans nos noms de lieux, dont la singularité fait le bonheur des touristes. Les Ker, Plou, Lann ou autres Tre représentent à leurs yeux le symbole d’une culture originale nimbée de légendes où les conteurs les plongent les soirs de veillées. Mais il y a aussi, et ce sont les plus révélateurs, des milliers de noms de parcelles qui sont les témoins plusieurs fois séculaires de la manière dont nos ancêtres percevaient et ressentaient leur environnement. Ils sont aussi parfois de précieux indices quant à la présence éventuelle de vestiges archéologique. L’éminent chercheur Bernard Tanguy déclare d’ailleurs que  » l’étude des noms de lieux (ou toponymie) éclaire l’histoire des paysages et autorise des chronologies aussi fines que celles nées des fouilles archéologiques ». Déformés au fil des siècles, au point d’être devenus souvent incompréhensibles, ces noms que le cadastre moderne a effacé au profit de matricules informatisés, retrouvent souvent, grâce à la toponymie, leur sens et leur valeur originels. Ainsi nos noms de villes, de hameaux ou de parcelles, pour peu que l’on sache les interpréter, deviennent des auxiliaires indispensables pour qui veut remonter le temps. La toponymie de notre région n’est pas une discipline réservée aux spécialistes de la linguistique ayant une maîtrise irréprochable de la langue bretonne et dotés d’une connaissance incommensurable en matière d’histoire et d’ethnologie comme quelques intellectuels jaloux de leur savoir voudraient le faire croire. En l’abordant simplement, la toponymie est, au contraire, accessible à toutes les personnes intéressées par l’histoire et la nature de leur environnement.

Le groupe toponymie de l’ARSSAT, composé pour l’essentiel de débutants guidés dans leur démarche par quelques personnes d’expérience, l’a démontré en publiant un livre sur l’histoire des noms de lieux du Vieux-Marché, reconnu et apprécié par les spécialistes. C’est d’ailleurs la réussite de cette entreprise qui incite à proposer plus largement, des séances d’initiation à cette discipline. La non-connaissance du breton ne doit pas être un frein car la toponymie est sans doute un des outils pédagogiques les plus attractifs pour s’initier à la langue bretonne.

Nous abordons d’une manière simple le vocabulaire de base et les mécanismes qui permettent de comprendre l’évolution ou la transformation des mots. L’origine celtique de la plupart d’entre eux, influencée par le latin ou le français du moyen-âge, nous fait prendre part à ce qu’appelle la linguiste Henriette Walter : « l’aventure des langues en occident ». Des noms de lieux apparaissent comme explicites alors qu’ils étaient, jusqu’à présent, des énigmes. L’éclairage nouveau ainsi donné sur ces noms mystérieux nous fait regarder différemment les paysages qui nous entourent et nous donne envie d’approfondir l’histoire de nos hameaux ou de nos villes. Cette invite n’implique en rien un investissement régulier, il s’agit simplement de découvrir, selon le rythme et les souhaits de chacun, une discipline dont la réputation d’inaccessibilité cache les nombreux attraits qu’elle recèle.

Citons le directeur de l’office régional de la langue bretonne, Fulup Jacq : »Sans approfondir on peut très bien, par le biais de cours d’initiation à la toponymie, éviter une fracture entre ceux qui pratiquent la langue bretonne et les autres ».