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A propos de Loguivy-les-Lannion

par M Claude Berger

Loguivy-les-Lannion, sur la rive gauche du Léguer, face à Lannion, s’étend sur le versant nord d’une colline dont le sommet culmine à 101 m au lieu-dit Bel Air.

Le long du fleuve, la commune va des manoirs de Trorozec et Kergomar, aux abords de Ploubezre, jusqu’auprès de la chapelle Saint-Lavan, en Ploulec’h.

Ce territoire est défriché depuis le néolithique entre 4000 et 2000 ans avant notre ère.

Après les paysans néolithiques atlantiques, une colonie de guerriers nordiques de l’âge du bronze prirent possession de la colline entre 2000 et 750 avant JC. Témoins la tombe tumulaire de Dossen Lamota, fouillée en 1939 et la nécropole de Bel Air mise à jour en 2007. La sépulture de La Motta constitue un bon exemple de la richesse de certains « petits princes », certainement enrichis par le commerce de l’étain, en ces premiers temps de la métallurgie. Ces sépultures n’eurent qu’un temps, aucun pouvoir durable ne su semble-t-il alors se fonder sur l’exploitation et le commerce des minerais et des métaux. Il n’en reste pas moins que Loguivy-les-Lannion est un témoin très important pour l’âge du bronze français et que sa nécropole mériterait d’être fouillée à fond.

Vint ensuite la période celte de l’âge du fer. Un village armoricain du peuple des Osismes s’installe alors au confluent du Kerlouzouern et du Léguer, en Buzulzo. Agriculteurs et bateliers, ils élèveront une grande stèle, aujourd’hui rue du Menhir ! peut-être en l’honneur du dieu du soleil : Belenos, qui du coup laissera son nom au lieu-dit : Bel Air.

La période romaine verra le territoire de Loguivy traversé par la voie Le Yaudet-Condate, cheminant à une altitude comprise entre 75 et 80 m , jusqu’à ce qu’elle doive contourner le « palud » de Nod-Huel, pour traverser à gué, en ligne droite, le Kerlouzouern ou Min Ran, puis le Léguer, sous ce qui est aujourd’hui le pont de Kermaria, en bordure de Buzulzo.

L’empire romain s’effondre au début de notre 5e siècle et l’arrivée des émigrants bretons commence.

A la frontière des 7e et 8e siècles, un saint ermite : Ivy, venu de l’île de Lindisfarne sur la côte nord-est de l’Angleterre, s’installe au débouché du vallon de Gavel. Sa renommée grandit. On vient le visiter. Il quitte donc sa loge et poursuit sa route, remontant le Léguer jusqu’à Loguivy-Plougras. Les autochtones restent fidèles à ses instructions, à sa mémoire et son ermitage devient lieu sacré, lieu de pèlerinages, de processions. La paroisse se crée et lorsque, dans la seconde moitié du 9e siècle, il faudra renforcer l’importance de l’évêché de Dol en y incorporant des paroisses riches, Loguivy sera choisi comme l’une de ses dépendances.

Plus tard vers le milieu du 10e siècle, alors que l’évêché de Tréguier vient de se créer, Loguivy s’y retrouvera enclavé, avant que Lannion ne prenne à son tour, son essor.

Il faudra attendre le 16e siècle, pour que les seigneurs locaux financent la construction du magnifique enclos paroissial qui recouvrira les ruines de l’ermitage primitif.

Eglise Saint-Ivy de Loguivy-les-Lannion

Edifice du 16e siècle, de forme rectangulaire, avec une chapelle au nord

et deux chapelles latérales au sud, un chevet plat, il est pourvu à l’ouest d’un clocher mur en pi, daté de 1570, beffroi à trois chambres de cloches, auxquelles on peut accéder par un escalier établi sur le rampant SO du toit. Le porche méridional avec secrétairie est de la même époque. Une tourelle d’escalier accolée à l’ouest, permet de monter à la salle des archives.

Les Kerguezay de Kergomar sont les fondateurs de cette église du diocèse de Dol, construite d’un seul jet autour de 1550. Elle est classée le 30 juillet 1909.

A voir à l’intérieur, un retable de la Nativité, composé de panneaux de chêne sculptés d’époque Louis XIII, une Vierge à l’Enfant du 16e et un saint Ivy dans la chapelle nord, les écus sculptés en haut des piliers sont aux armes des Mérou, seigneurs de Kergomar.

Eglise de Loguivy-les-Lannion

Retable de l’église de Loguivy-les-Lannion

Pièce unique en Bretagne, par sa taille, 12 m², et surtout par son genre, ce retable représente à la fois une Nativité, une Adoration des Mages et une Annonce aux Bergers.

Ce type d’adoration de grande densité de personnages et d’animaux est caractéristique d’une tradition italienne de tableaux et crèches sculptées.

Couvre-chefs révélateurs en vogue en Italie aux 16e et 17e (exemple : sonneur de hautbois et berger avec un casque romain).

Marie tient le linge isolant le nouveau-né du sol, selon la tradition italienne.

Chien : présence exceptionnelle dans les Adorations en Bretagne.

Sonneurs de cornemuse, hautbois, bombarde, souvent représentés, non seulement en Bretagne, mais aussi en Europe du Nord et en Italie.

Mages : 2 sont vêtus à l’orientale, le 3ème avec une fraise d’époque Louis XIII et le collier de l’ordre du St Esprit.

Il semble que la pièce ne soit pas dans son cadre d’origine qui serait 19e.

Les parties manquantes nous dévoilent les procédés de montage et démontage, ex : buste coupé d’une mère en bas au centre.

Ce serait une oeuvre locale produite en Bretagne avec des sculpteurs italiens, voire nord européens, dans les ateliers morlaisiens.

Note d’après :

  • Gildas Durand : Retables et groupes sculptés  (1989)
  • V-H Debidour  La sculpture bretonne (1953)

Enclos paroissial

Mais l’intérêt principal de l’ensemble, réside dans l’enclos paroissial du 16e siècle, classé le 2 mars 1912.

Le mur d’enclos en granite du Yaudet, comporte deux entrées dont une porte triomphale en accolade surmontée d’un fleuron, encadrée de pinacles et agrémentée de crochets.

Ce mur possède aussi trois échaliers entre murets.

Adossée à l’extérieur du mur sud de l’enclos paroissial de Loguivy les Lannion, fontaine saint Ivy du haut.

Bassin rectangulaire large au pied du mur. Ce dernier est orné d’un triple arc en accolade avec décor de six fleurons, encadré de deux pinacles et surmonté d’un claveau. L’ensemble mesure 3,3 m de large et 3,1 m de haut. Il est constitué de granite bistre à grain moyen, et peut être daté du milieu du 16e siècle.

La fontaine St-Ivy du haut

Une statue de saint Ivy en kersanton, placée sur un socle en granite, au milieu de l’arcade, surplombe le jet de l’eau qui provient de la fontaine Renaissance. Saint Ivy est représenté en évêque. Venu de Grande Bretagne vers 685, il a beaucoup circulé en Armorique, fondant dit-on, les paroisses de Loguivy de la Mer, Loguivy-les-Lannion, Loguivy-Plougras, Pontivy ; il serait mort à Saint-Ivy entre Rosporden et Quimper. Le pardon se célèbre le 10 juillet.

Fontaine de type 2.

Fontaine Renaissance

Dans l’enclos, outre le cimetière toujours présent, fontaine Renaissance, à vasques, type 6, construite dans le style de la Renaissance italienne par des artistes trégorois, elle date de 1577 et à la forme d’une colonne sculptée sommée d’un lanterneau, surmontant une vasque dont les bords sont décorés de rinceaux. Cette vasque est soutenue par un dé cylindrique à cordon, posé sur deux marches circulaires.

L’ensemble en granite de 5,7 m de haut, d’un diamètre maximum de 3,4 m, s’élève dans le placitre de l’église de Loguivy-les-Lannion, au sud-est de l’enclos paroissial, près d’un if plus que centenaire.

Depuis 1986, la vasque et les jets tombants au long de la colonne sont alimentés par l’eau d’une source, descendant par gravitation du coteau de Loguivy, les Services Techniques de la mairie de Lannion ayant, cette année là, restauré l’alimentation en eau qui existait par le passé.

Cette fontaine est classée par le service des Monuments Historiques depuis le 2 mars 1912.

Toujours dans l’enclos : croix fleuronnée, à fût écoté, d’Yves Hernot, au sud de l’église, datée de 1898, avec l’inscription : O CRUX AVE SPES UNICA. « Je te salue o croix, mon unique espérance ».

Et encore trois grands ifs à l’est de la clôture.

Justement, prenant la route qui s’élève dans cette direction, le promeneur arrive bientôt au pied d’une table d’offrandes surmontée d’une croix .

La table est plus ancienne que la croix datée de 1878 et signée Hernot.

Plus haut, rue de l’École, au pied d’un champ cultivé, dans un écart, Skouenno, fontaine busée cylindrique, type 13, avec bassin réservoir alimentant la fontaine à vasques de l’enclos paroissial.

Venons en maintenant à la rivière.

Vers -9000 avant notre ère, l’eau libre de l’Atlantique se trouve en bordure des fonds actuels de -60 m. Le dégel des terres commence.

Il faudra attendre -7500 pour que quelques sources apparaissent sur les hauteurs du Trégor, vers l’altitude actuelle de 290 m, là où le Guer naît, aux alentours de Pont-Melvez.

La Manche remonte alors sur les fonds de -40 m et y reste un certain temps.

En -4500 les fonds de -20 m sont recouverts, le Guer et le Guic continuent de creuser leurs vallées, et le Léguer la sienne, jusqu’à cette profondeur.

En -4050, au début du néolithique, l’embouchure du fleuve se situe à la cote de -8 m, à basse mer. Le gué du Yaudet est praticable sauf aux très grandes marées et ce jusqu’à l’époque armorico-romaine.

Le niveau de la Manche continue de s’élever et, de nos jours, le gué praticable en toutes circonstances se situe cette fois au moulin du Duc puisque l’altitude du fond du cours d’eau est de +5 m à cet endroit, limite atteinte par les marées actuelles.

La rive gauche du Léguer se trouve reliée à la rive droite au niveau de Kermaria, par un gué dans les époques anciennes, puis peut-être par une estacade de bois dès l’époque romaine, encore un autre pont de bois au 9e siècle, un nouveau pont en pierres en 1489, l’actuel pont de pierres en 1881. Le dessus de son tablier est à la cote de + 6 m.

Au niveau de Sainte-Anne, pont Léguer n’apparaît qu’au 14e siècle. Il s’écroule deux fois en 1768 et 1813. L’actuel, construit en 1851 fut doublé en 1980. Son tablier est aussi à la cote de + 6 m.

Au niveau du quai de Viarmes, un pont métallique militaire de type Bailey, fut mis en place de 1971 à 1974, date à laquelle un pont en béton lui succéda.

Les quais de la rive gauche datent du milieu du 19e siècle : Quai de Sainte-Anne. Quant au Quai Foch, il est de 1925 et le Quai de Loguivy ou des Sabliers est encore plus récent : 1970.

Voir Les Installations portuaires de Lannion par André Le Person, bulletin ARSSAT 2007.

Le marais de Nod-Huel, commencera d’être rebouché à partir du début du 17e siècle, pour permettre le développement de l’Hôpital et les premières constructions des Augustines. Ces dernières seront utilisées à partir de 1673. Le fond du marais, occupé de nos jours par une pièce d’eau située dans le jardin des Augustines, se trouve au niveau de + 4 m, donc au-dessous de celui des plus hautes marées.

Prenant ensuite l’avenue du Maréchal Foch, on arrive bientôt au hameau de Kerfons.

Là, dans une propriété privée, s’élève au pied de la falaise de schiste de Lannion une grande fontaine de dévotion. Surface : 6,7 x 6,8 m. Saint Yves s’y trouve honoré. Il s’agit en fait d’une double fontaine de type 7 avec ses bancs de repos et son bassinet rectangulaire large.

Sa partie gauche est destinée aux humains. La contenance du bassin est de 424 litres.

La partie droite est réservée aux chevaux. Une pierre d’attache en schiste de Locquirec percé en témoigne. La contenance du bassin est de 216 litres.

La manière de cette construction fait penser au 18e siècle. Une auge datée 1730 se trouve rangée près de son seuil. Altitude de ce dernier : +12 m.

Fontaine St-Ivy du bas

Au bas de l’enclos paroissial de Loguivy-les-Lannion, le long du quai au sable, s’élève cette fois la fontaine saint Ivy de la rive. Fontaine de type 2.

Il s’agit d’une fontaine à bassin rectangulaire large s’ouvrant au pied d’un mur.

Ce dernier est pourvu d’une niche encadrée d’un arc en accolade surmonté d’une croix simple. Dans la niche une statue de saint Ivy, représenté en évêque, ou en abbé mitré, la crosse ne permettant pas de lever le doute.

Des bancs de repos encadrent le bassin, si bien que le monument a une largeur de 5,3 m, une hauteur de 2,15 m et une longueur de 4,6 m.

Du côté de la rivière, la fontaine constitue un quai, remis en état par l’ARSSAT et les services techniques de la Municipalité en 1970. Les bateaux qui circulent sur la rive gauche du Léguer peuvent accoster à marée haute et refaire leurs réserves d’eau douce avant de reprendre la mer. C’est donc une « aiguade ». Ce quai se trouve à l’altitude de +5 m.

Le bassin d’une contenance de 792 litres permet le remplissage de tonneaux. Fontaine de granite bistre à grain moyen, peut être de la moitié du 16e siècle. Cette fontaine a le pouvoir de prédire le sort des nouveaux nés. Pour cela, on pose sur l’eau du bassin la petite chemise de l’enfant. Si elle flotte, ou si les manches surnagent et s’agitent, c’est signe de vie.

Autre témoignage, vers 1820. On jette dans la fontaine la première chemise du nouveau-né ; si le collet s’enfonce d’abord, l’enfant doit mourir en bas âge ; si c’est le bas, il est assuré de vivre.

Dans le siècle qui vient, le niveau supérieur des estrans s’élevant, la statue de Saint Ivy placée au-dessus du bassin principal va pouvoir servir de témoin à la montée des eaux.

Paris possède son zouave du pont de l’Alma, Lannion aura son saint Ivy de la Rive ! en attendant qu’une opération du type Abou Simbel ne replace cette belle fontaine quelques mètres plus haut.